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N’êtes-vous pas choqué lorsqu’un enfant fait glisser son doigt sur un livre pour en tourner les pages comme sur un smartphone ? N’êtes-vous pas attristé quand, pour patienter chez le docteur ou au restaurant, la seule distraction des plus jeunes soit sur un écran ? Aujourd’hui, j’ose aborder ce sujet controversé, car en tant que scientifique de formation, j’ai besoin de faits pour étayer mon discours. Avec la synthèse de tous les travaux scientifiques sur les effets des écrans sur les enfants, dressée par Michel Desmurget dans son ouvrage « La fabrique du crétin digital » (Seuil, 2019) c’est tout trouvé. Il nous alerte sur notre rôle dans la surconsommation des écrans par les enfants, dès le plus jeune âge. Toutes les études scientifiques le prouvent : les écrans ont des effets délétères sur la santé – mentale et physique – des enfants.

Le but de cet article n’est pas de vous faire culpabiliser, mais de vous faire prendre conscience du drame sanitaire silencieux qui se joue sous nos yeux et avec notre consentement tacite. De plus, tous les appareils et les applications sont conçus de manière à proposer une prise en main la plus intuitive possible. Ainsi, dès le plus jeune âge, les enfants peuvent devenir accros.

Je m’adresse à vous en tant que mère de deux enfants de moins de 5 ans et éducatrice à l’environnement depuis plus de dix ans. Dans ce cadre, j’interviens auprès d’enfants âgés de 2 à 12 ans.

Pourquoi limiter l’accès aux écrans à nos enfants ?

Les écrans ont des conséquences sur le comportement humain

Vers 3 ans, mon aînée m’a demandé si elle pouvait regarder un dessin animé. Ayant connaissance de la limite conseillée de 3 ans par le corps médical, je lui ai autorisé vers 3 ans et demi une vidéo de 10 minutes maximum par semaine. Elle a pu ainsi regarder des petites vidéos très courtes (des chansons Disney) une fois par semaine pendant 6 mois environ, augmentant le temps de visionnage jusqu’à vingt minutes.

Très rapidement, j’ai repéré son changement de comportement après la vidéo. Même si elle était prévenue que le dessin animé était limité dans le temps, elle devenait agressive, en réclamait davantage en se roulant par terre, en criant et en enchaînant les bêtises. Avec la lecture du livre de Michel Desmurget, donnant l’âge minimal de 6 ans, j’ai arrêté de lui montrer des animés. Elle a un peu protesté sur le moment, mais très vite, elle n’y a plus du tout pensé.

Certains trouveront mon comportement excessif, pensant : « C’est rien, 10 minutes d’écran » ou « Son comportement est peut-être lié à autre chose ». Peut-être. En tout cas, bientôt âgée de 5 ans, ma fille est heureuse, elle est créative, force de propositions, elle invente des histoires et des personnages, elle commence à lire, elle aime sortir dehors, jardiner et courir après les oies. Objectivement, elle n’a pas besoin d’écran pour s’épanouir et répondre à ses questions.

L’abus d’écrans nuit à la santé

Je n’ai pas assez de recul pour constater des problèmes de santé d’enfants de mon entourage, développés à cause des écrans. Je peux en revanche témoigner de ma propre enfance : j’ai eu une télévision dans ma chambre à partir de 9-10 ans, j’ai joué aux jeux vidéo à partir de 11 ans, et j’ai eu un ordinateur avec accès à Internet vers 12 ans. Par habitude, je regardais beaucoup la télévision avec mes parents, le matin avant de partir à l’école et pendant les repas.

J’ai connu de nombreux problèmes de sommeil. Vers 10 ans, il m’était impossible de m’endormir avant minuit. J’ai mieux dormi vers 12 ans, suite à un traitement homéopathique. Entre temps, j’ai rencontré un psychologue, j’allais à l’école en étant épuisée (je revoir ma mère prévenir la maîtresse chaque matin) et je me levais sans cesse pour prévenir mes parents – « J’arrive pas à dormir » – qui étaient exténués, eux aussi.

Mon embonpoint, vient-il de là ? J’ai fait moins d’activités physiques à partir de 10 ans, et j’ai développé de l’asthme.

Peut-être que tout cela n’est-il pas lié. Mais on peut éviter beaucoup de soucis de santé similaires, en limitant le temps quotidien passé sur les écrans.

Les capacités cognitives et intellectuelles sont également affectées

Quel impact les écrans ont-ils eu sur mon développement ? Je ne sais pas exactement. J’ai toujours été bonne élève à l’école, avec une grande capacité de concentration. En revanche, en grandissant, j’ai mis en doute mes capacités d’apprentissage. J’ai toujours appris par cœur, pour tout ressortir le jour de l’examen, et pour tout oublier le lendemain. Cette technique m’a bien desservi après le bac ! J’ai dû réapprendre à apprendre, en comprenant ce que je lisais et en sachant réexpliquer mes nouvelles connaissances avec mes propres mots.

Dans le cadre de mon travail d’éducatrice à l’environnement, je constate – avec effroi – une baisse du temps de concentration et d’implication des enfants dans toutes les activités proposées. Aujourd’hui, des enfants âgés de 8 à 10 peuvent rester attentifs une dizaine de minutes tout au plus. C’était le temps de concentration attribué à des enfants de 2 à 3 ans, il y a encore quelques années. Les enfants ont des connaissances de plus en plus limitées, et aucune envie de prendre une initiative. Croyant tout savoir, ils sont blasés avant même d’avoir entrepris quoi que ce soit. En parallèle, de plus en plus d’enfants développent un Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH). Ce constat est intimement lié à la consommation croissante des écrans par des enfants de plus en plus jeunes.

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En télétravail, dans la mesure du possible, les enfants ne doivent pas être près des écrans.

Comment engager un sevrage des écrans pour nos enfants ?

Dans un premier temps : coupons tout et sortons ! Encourageons les méthodes pédagogiques qui favorisent le contact avec l’extérieur. Développons la prévention et la formation des enseignants et des parents à ces problématiques.

Ci-dessous, vous trouverez des repères pour amorcer une détox numérique sereine pour vous et vos enfants – d’après l’ouvrage de Michel Desmurget.

Pas d’écran avant 6 ans

Nul besoin de consulter Internet, de regarder un film ou de téléphoner avant 6 ans. Vos réponses et votre présence valent mille fois plus aux yeux de vos enfants. Déconnectez-vous aussi pour prendre le temps de répondre à leurs questions. Passez plus de temps avec eux. Développez des activités ludiques comme :

  • le coloriage, la peinture, la pâte à modeler ;
  • le jardinage et le bricolage ;
  • l’apprentissage de la musique ;
  • la lecture ;
  • une activité physique et sportive ;
  • etc.

Même si vous ne vous y connaissez pas vous-même, ce n’est pas grave. L’important est de développer leur curiosité, leur sens critique, leur envie d’entreprendre et leur libre-arbitre. Pour donner à vos enfants un accès libre à leurs activités ludiques et créatives, je vous renvoie à mes conseils pour favoriser leur autonomie.

Entre 6 et 12 ans : un usage très limité

Entre 6 et 12 ans, il est recommandé un usage des écrans compris entre 30 et 60 minutes par jour maximum. Cette durée comprend les usages récréatifs et éducatifs. Pour aider votre enfant à limiter son utilisation des écrans, il est possible de bloquer l’accès à tous les appareils après un temps défini, grâce à des applications dédiées.

Si cette durée vous paraît dérisoire à côté de la consommation actuelle de vos enfants, diminuez-la progressivement. Parlez-en avec eux, votre conjoint, aux grands-parents et à l’équipe enseignante.

Des règles qui s’appliquent à tous les âges

Voici d’autres recommandations, valables à tout âge :

  • ne pas regarder les écrans juste avant de se coucher. Cela affecte le sommeil en quantité et en qualité ;
  • ne pas regarder la télévision le matin en se levant, car cela diminue la concentration pour le reste de la journée ;
  • proscrire la télévision et autres supports numériques dans la chambre, car cela retarde l’heure du coucher et favorise les dérives et les contenus inadaptés ;
  • entreprendre une chose à la fois. Ne pas regarder un écran en mangeant ou en discutant, d’autant que ça n’améliore aucunement la faculté de gestion. Et arrêtons de consulter notre téléphone portable en pleine discussion avec quelqu’un ;
  • pas de contenus inadaptés, d’autant plus que le classement en France sur les contenus que l’on peut visionner à chaque âge est trop laxiste. Forgez-vous votre propre opinion, intervenez, discutez-en avec vos enfants. S’ils font des cauchemars toutes les nuits après avoir vu un film, cela doit vous interpeller !

 

Comme toute cure détox ou sevrage, personne ne peut prendre la décision à votre place. Si vous avez aussi conscience de ce problème, pour vous ou pour vos enfants, parlez-en à un spécialiste de santé qui saura vous aiguiller. La dépendance aux écrans et aux jeux vidéo est aujourd’hui reconnue. Ce n’est pas une simple lubie. Si votre enfant s’enferme, change de comportement, est dans le déni, il est peut-être encore temps d’y remédier. Entreprenez votre propre détox digitale avec vos enfants. Soutenez-vous mutuellement, l’épreuve n’en sera que plus facile.

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